Nourrir nos enfants de la naissance à la diversification alimentaire

Nourrir nos enfants de la naissance à la diversification alimentaire, quelques pistes.

Cet article est une introduction à la conférence du 25 avril 2019 du docteur Marie Decerf sur la nutrition des enfants de la naissance à la petite enfance. Plus d’informations ici.

Pourquoi est-ce important de veiller à la façon dont nous alimentons les bébés?

Notre corps est un système extrêmement complexe dans lequel se passe continuellement une multitude de réactions et d’interactions biochimiques, nécessitant la présence de nombreux intervenants pour un fonctionnement adéquat.

Si nous savons synthétiser (comprendre “créer”) ces intervenants (enzymes, canal transmembranaire, etc.), cette synthèse nécessitera toujours l’apport exogène de nutriments que naturellement nous ne fabriquons pas comme le zinc, l’iode, l’acide-alphalinolénique(ALA), etc.

Pourquoi mangeons-nous ?

Nous mangeons pour avoir de l’énergie ou plus exactement pour avoir la matière première nécessaire à la synthèse de la molécule d’ATP, source d’énergie de nos cellules.

Mais nous mangeons aussi pour fournir toutes les “briques” que nous ne pouvons pas créer et qui sont indispensables aux réactions biochimiques qui vont permettre notre croissance, notre défense, notre réparation puis notre reproduction, bref de quoi assurer notre survie et celle de notre espèce.

Enfin, nous savons aujourd’hui que la façon dont nous nous alimentons a un impact sur la performance de nos cellules au sein de notre organisme. Travailler sur ce point nous permet donc d’ambitionner un niveau de bien-être supérieur.

Des aliments moins riches qu’avant

Aujourd’hui, nos activités professionnelles et nos modes de vie souvent sédentaires ont fait baisser nos dépenses physiques journalières.  Cela a engendré une baisse des besoins caloriques. Du fait de moins manger, nos apports nutritionnels quotidiens ont été diminués, sans compter que les aliments actuels ne sont plus aussi riches que ce qu’ils étaient il y a quelques dizaines d’années. Parfois la pulvérisation les rend même sources de toxiques et de substances cancérigènes.

Comme le dit Howard Strauss “La majorité des gens ignorent gaiement les effets éventuellement désastreux que peut avoir leur nourriture parce qu’il n’y a pas d’effets immédiats” 
Hippocrate aurait dit  “Si tu es malade, recherche d’abord ce que tu as fait pour le devenir”.

Un facteur sur lequel nous avons prise

Ce qui est merveilleux avec le facteur alimentaire, contrairement à la pollution que nous inhalons tous les jours, contrairement à l’irradiation solaire à laquelle nous sommes exposés, et contrairement aux exigences et stress de notre société que nous subissons parfois, c’est que nous pouvons directement agir sur ce que nous mangeons.

Et si l’alimentation peut être – selon nos choix – un facteur de risque santé, elle peut aussi être à la base de possibilités thérapeutiques énormes.
Il est connu que nous on avons un potentiel génétique plus ou moins vulnérable mais grâce aux découvertes concernant l’épigénétique, nous savons aussi que nous pouvons, via notre environnement – dont l’alimentation fait partie – influencer l’expression ou l’inhibition de certains gènes.

Au-delà de l’allaitement, à quoi faire attention dans le choix d’un lait maternisé ?

Les besoins de l’enfant ne sont pas simplement les besoins de l’adulte rapportés à son poids.

Ainsi les bébés, dont certains systèmes sont encore en cours de développement et qui vivent la période de croissance la plus importante de leur vie durant leurs premiers mois, ont des besoins très spécifiques.

Pouvoir répondre à ces besoins et veiller à un apport correct en nutriments (lipides, acides gras omégas 3 à longue chaine, certains types d’acides aminés, fer, vitamine D, calcium, etc.)  fait partie de ce qui permettra un développement physique et mental que l’on souhaiterait optimal pour tous les bébés.

Ceci est d’autant plus vrai pour les bébés nés prématurés car ils auront eu moins que les autres l’occasion de puiser chez leur maman de quoi minéraliser leurs os et de faire de précieuses réserves en fer ou en acides gras DHA par exemple.

L’allaitement maternel

L’allaitement maternel est et restera sans doute l’aliment idéal irremplaçable pour les bébés. Et ce, probablement quelle que soit l’alimentation de leur mère au vu de sa richesse en facteurs bioactifs (immunoglobulines, lactoferrine, amylase, lysozyme, lactobacilles, etc.) et de sa complexité de composition qui se modifie durant la journée et au fil des mois suivant l’évolution des besoins du bébé allaité.

L’alimentation de la femme allaitante n’est par contre pas sans impact sur la quantité et la composition nutritive du lait qu’elle produit (principalement en ce qui concerne les acides gras) et sur l’exposition du bébé à une variété ou non de saveurs qui pourront influencer son alimentation future.  D’où l’intérêt de veiller à une alimentation de qualité chez la femme allaitante. Cela tant pour le développement et la santé actuelle et future de l’enfant que pour sa santé à elle-même. En effet, elle fournit un travail important en produisant quotidiennement ce breuvage, ce qui pourrait ne pas être sans impact sur sa propre densité osseuse.

Les laits maternisés

De nos jours, des recommandations européennes existent concernant la production des laits en poudre.  Ils sont donc généralement (mais pas toujours) produits en répondant aux critères les plus importants concernant les besoins des bébés.

Si la plupart des laits de grandes marques sont de très bonne qualité, certains le sont un peu plus que d’autres. Cela peut donc valoir la peine de s’intéresser à leur composition exacte pour faire son choix. Ainsi il sera bon de vérifier la quantité et de qualité des protéines, le ou les types de glucides présents et leur pourcentage, la supplémentation en acides alpha-linoléniques (ALA), en acides docosahexaénoïques (DHA) et en acides arachidoniques (AA), la présence ou non de probiotiques et d’oligosaccharides et de tryptophane et de taurine (plus d’études doivent encore être réalisées sur ces deux derniers nutriments).

Les laits thérapeutiques

S’orienter vers des laits à visée thérapeutique (lait satiété, lait anti-régurgitant, lait hypoallergénique, etc.) dont la composition globale est souvent moins qualitative n’est pas recommandé sans bonne raison et sans avis médical même si les laits hypoallergéniques de premier âge de certaines marques réputées sont de très bonne composition et offrent l’avantage de ne pas exposer les tout-petits à des protéines entières de lait de vache. Cet intérêt reste scientifiquement à prouver mais il n’est pas insensé de penser que cette éviction, tant que la barrière intestinale du nouveau né n’est pas encore complètement mature, peut être bénéfique.

Les laits végétaliens

Une alimentation végétalienne à base de laits végétaux est fortement à déconseiller chez les nourrissons. Entre autres à cause de risques de carence en B12 pouvant entraîner une anémie pernicieuse et une atrophie cérébrale en cas d’absence de supplémentation adaptée.

Si malgré cela et en l’absence de possibilité d’allaitement maternel, des parents souhaitent tout de même nourrir leur nourrisson de façon végétalienne, c’est du lait de soja adapté aux nourrissons qu’il faudra conseiller en première intention et éviter les “laits” à base de protéines de noisettes, d’amandes, de riz et d’autres sources végétales qui ne remplissent pas les exigences nutritionnelles des nourrissons et ne peuvent donc pas être la source protéique unique dans leur alimentation. Un suivi spécialisé de ces bébés est préconisé.

L’intérêt des probiotiques

Bien que les études réalisées jusqu’ici n’ont pas mis en évidence de bénéfices systématiques de cet apport, de plus en plus de laits maternisés sont enrichis en probiotiques. Le lait maternel l’est par contre naturellement. Y a-t-il finalement un intérêt ?

Notre organisme abrite 10 à 100 fois plus de bactéries que de cellules humaines. Et si on en retrouve partout (cheveux, peau, voies respiratoires, sinus, etc.) l’essentiel de celles-ci vivent dans nos intestins et plus précisément dans notre côlon où elles forment le microbiote intestinal.

Si chaque être humain a un microbiote qui lui est propre, celui-ci est fortement dépendant de l’environnement qui a été le sien à sa naissance et dans les mois qui ont suivi celle-ci puisque le microbiote intestinal se forme et se module principalement durant les 2 premières années de vie.

On sait que si ce microbiote est perturbé à répétition dans son développement (césarienne, prises d’antibiotiques, prises d’anti-acides, prises d’anti-inflammatoires, diarrhées à répétition, mauvaise alimentation, etc.) cela peut, en l’absence de correction, être à l’origine de maladies chroniques et de problèmes de santé.

Une fois installé, même si le microbiote intestinal possède une résilience et donc une tendance à revenir à sa composition de base, les facteurs environnementaux (comme l’alimentation et la prise de médicaments) pourront encore modifier fortement cet organe. Cela peut être source de dérèglements temporaires ou plus persistants pouvant même conduire au développement de pathologies.

Les probiotiques qui permettent d’éviter la détérioration de la composition du microbiote lors de perturbations et de favoriser la présence de certaines souches de bactéries aux effets bénéfiques démontrés ont donc selon moi un intérêt certain.

Le prochain article traitera de la diversification alimentaire chez les bébés.

Cet article est une introduction à la conférence du 25 avril 2019 du docteur Marie Decerf sur la nutrition des enfants de la naissance à la petite enfance. Plus d’informations ici.

 

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