La diversification alimentaire chez les bébés

La diversification alimentaire chez les bébés

Cet article est une introduction à la conférence du 25 avril 2019 du docteur Marie Decerf sur la nutrition des enfants de la naissance à la petite enfance. Plus d’informations ici.

Le début de la diversification alimentaire

Pour les bébés allaités

Le début de la diversification alimentaire (l’introduction d’aliments autres que le lait) qui peut commencer à partir de 4 mois accomplis ne se fera idéalement qu’à partir de 6 mois accomplis pour un enfant allaité. C’est une période à laquelle l’enfant a normalement atteint un niveau de développement neurologique lui permettant de nouveaux apprentissages et à laquelle son tube digestif est suffisamment mature pour permettre la digestion de nouveaux aliments. Aussi, à partir de six mois, l’allaitement seul ne pourra plus couvrir tous les besoins (en évolution) de l’enfant. Cet allaitement se poursuivra d’abord comme première source alimentaire et puis au fur et à mesure, en complément des repas. Notez qu’il est recommandé par l’ESPGHAN (European Society for Paediatric Gastroenterology) de le poursuivre aussi longtemps que la maman et le bébé le souhaitent.

Pour les bébés nourris avec du lait maternisé

Pour les bébés nourris avec du lait maternisé, il n’est pas spécifiquement conseillé d’attendre 6 mois accomplis. La diversification est à entamer chez ceux-ci entre 4 mois et 6 mois accomplis selon leur développement neurologique et moteur et leur envie manifeste ou non de découvrir de nouvelles textures et saveurs.
Si le réflexe d’extrusion (le bébé pousse sa langue vers l’avant lorsqu’un élément dur pénètre dans sa bouche) est parfois fort présent à l’essai de l’introduction des premières panades, vous économiserez de l’énergie en reportant le début de la diversification d’une semaine ou deux. En effet, ce réflexe diminue spontanément entre 4 et 6 mois tandis que celui de déglutition va s’améliorer, permettant progressivement la déglutition de solides de plus en plus gros.

Les recommandations scientifiques

Beaucoup des recommandations qui accompagnent encore la diversification alimentaire ont été invalidées par les dernières études scientifiques. A savoir : l’éviction avant plusieurs mois de certains aliments jugés acides ou amers, le retardement ou l’éviction (dans les groupe à risque avant l’âge d’un an) de l’introduction d’aliments potentiellement allergènes, l’introduction initiale préférentielle des fruits par rapport aux légumes ou inversement mais aussi la recommandation d’introduire du gluten entre 4 et 7 mois.

Les recommandations scientifiques qui existent actuellement à ce sujet ne sont en fait pas nombreuses. Il s’agit de :

  • éviter le sel et les sucres ajoutés;
  • introduire des protéines à partir de 7 mois accomplis;
  • suivre les quantités de protéines à ne pas dépasser avant l’âge de 2 ans pour éviter le risque accru de surpoids ou d’adiposité;
  • favoriser l’apport en aliments riches en fer;
  • assurer la densité calorique et donc un apport suffisant en lipides;
  • éviter les boissons à base de riz, tout aliment à base de son de riz et limiter la consommation de riz et de produits à base de riz à cause du risque plus important à cet âge d’intoxication à l’arsenic;
  • limiter l’apport en gluten et le fait que celui-ci puisse être introduit à tout moment entre 4 et 12 mois accomplis;
  • l’absence de restriction ou de délai concernant l’introduction des aliments allergènes;
  • introduire entre 4 et 12 mois accomplis des arachides dans l’alimentation des nourrissons à risque élevé d’allergie, après consultation d’un spécialiste;
  • l’importance de l’offre progressive d’une alimentation variée si bien en goûts qu’en textures;
  • l’importance du suivi des bébés soumis à une alimentation végétalienne en veillant à un apport suffisant en vitamine B12, en vitamine D, fer, zinc, acide folique, acides gras oméga 3, protéines, calcium et en calories.

Comme discuté dans de nombreuses revues et conformément à ce qui est recommandé pour les adultes,  je conseillerais en plus de veiller à :

  • utiliser des aliments les plus frais possible, si possible locaux et de saison pour favoriser la densité nutritionnelle de ceux-ci;
  • choisir des aliments provenant de cultures biologiques pour limiter l’ingestion de pesticides et d’autres substances chimiques toxiques;
  • éviter des cuissons agressives comme celles à haute température.

Un mot sur les omégas 3

Il a été mis en évidence que l’apport en omégas 3 est insuffisant pour seulement une petite partie des enfants en Europe mais que l’apport moyen est loin d’être optimal pour une grosse majorité des autres enfants.
Hors l’acide docosahexaénoïque (DHA) est essentiel pour le développement du système nerveux central et de la rétine durant la période prénatale et postnatale précoce. Outre son action sur le développement cérébral, il est bénéfique pour toutes les communications cérébrales et les échanges cellulaires puisque l’insaturité des chaines de carbones qui le composent apporte de la fluidité aux membranes cellulaires.

Il est donc pertinent d’insister sur un apport régulier en petits poissons gras, riches en omégas 3 à longues chaînes, par opposition aux omégas 3 à courtes chaînes (retrouvés en bonnes quantités dans certaines huiles végétales sous forme d’acide alpha-linolénique (ALA)) et qui sont très intéressants aussi même si les nouveaux-nés ont des capacités limitées pour synthétiser le DHA à partir d’ALA.

 Nourrir l’enfant à la demande

Trop de parents sont encore à tort inquiétés des quantités avalées ou non par leur enfant à tel ou tel âge sur base de normes encore données en pédiatrie (poids en grammes par âge, etc.). Il n’est pas logique d’imposer à des enfants des mêmes quantités à manger, à des horaires précis et identiquement pour tous sachant qu’ils sont tous différents en termes de poids, de format, d’activités physiques, de métabolisme, etc.
Il est d’autant moins logique d’attendre que tous ces enfants finissent leur assiette et il n’est pas raisonnable de penser qu’un enfant qui n’aurait pas fini aurait mal mangé alors qu’il a dans la plupart des cas respecté son appétit du moment.

Notez que la croissance des bébés, bien que toujours importante, se ralentit drastiquement après la première année (souvent même déjà entre 9 et 12 mois),  ce qui peut engendrer un besoin moindre en calories et une prise alimentaire diminuée.

Il y a donc certains jours voire certaines semaines durant lesquels les enfants ont moins ou pas faim au moment où nous décidons de les nourrir. Les forcer de façon répétitive ne pourrait que dérégler leur réflexe de satiété (qui s’exprime jusque là bien par leur refus) et favoriser à plus long terme des problèmes d’obésité ou d’autres troubles du comportement alimentaire.

La cassure de la courbe de croissance

Le meilleur et seul marqueur valable d’un possible manque d’apport calorique sera une cassure franche de la courbe de croissance. Dans ce cas, il sera intéressant, en l’absence de signes cliniques pouvant orienter vers une pathologie particulière, de revoir en détail l’alimentation proposée à l’enfant pour s’assurer que la densité calorique des repas de l’enfant est suffisante puisque la taille de leur estomac peut être un frein à l’ingestion de grandes quantités qui permettraient de compenser une faible densité calorique dans les repas proposés.

Pour rappel une cassure de la courbe est très fréquente et normale lors de l’initiation de la diversification alimentaire puisque le lait maternel et les laits maternisés sont particulièrement riches en lipides et que, pour un même nombre de grammes, l’apport calorique  des fruits, légumes, glucides et protéines est toujours moindre. Afin de minimiser cet effet, n’oublions pas la fameuse cuillère d‘huile à ajouter à froid aux panades.

Quand passer au lait de vache? 

S’il est conseillé par certains pédiatres et études de poursuivre la consommation de lait de croissance jusqu’à l’âge de minimum 2 voire 3 ans, des études montrent que le lait de vache entier peut être introduit dès un an comme source alimentaire principale.

Cependant, étant donné que la consommation de protéines doit être limitée avant 2 ans et qu’il est parfois difficile de contrôler toute l’alimentation reçue par les enfants au cours d’une journée (notamment si il est à la crèche), je pense qu’il est préférable de poursuivre avec du lait de croissance au moins jusqu’à l’âge de 2 ans. Ceci peut se justifier également pour les suppléments d’apport en fer que ce lait propose et par le fait qu’il soit moins riche en protéines.
Par ailleurs et puisque les enfants ne mangent pas toujours régulièrement et de façon diversifiée encore jusqu’à 3 ans, je pense à nouveau que continuer à offrir jusqu’à 3 ans du lait de croissance comme source de produit laitier plutôt que du lait de vache entier permet d’assurer un apport certain en nutriments essentiels (dont les omégas 3).

L’alimentation du petit enfant : à suivre

Arrive ensuite une période difficile et qui mériterait un autre article : celle où l’enfant partage pleinement les repas de ses parents.

Lui qui jusqu’à présent recevait généralement des petits plats sains composés de légumes frais cuits à la vapeur accompagnés de pommes de terre, de lentilles, de pâtes complètes, de sarrasin, de quinoa, de sardines, etc., le tout étant recouvert à froid d’une cuillère à soupe d’huile de qualité et buvait de l’eau, a désormais “droit” à ce dont se nourrissent ses parents qui ont eux des habitudes, croyances et addictions alimentaires souvent déjà bien ancrées.

Pour ces enfants qui vont à l’école aussi bien que pour leurs parents qui ont une journée souvent bien chargée devant eux, il sera intéressant de leur parler de chrononutrition et du sucre évidemment, drogue dure dont on aurait avantage à mieux protéger nos enfants.

Cet article est une introduction à la conférence du 25 avril 2019 du docteur Marie Decerf sur la nutrition des enfants de la naissance à la petite enfance. Plus d’informations ici.

 

6 Replies to “La diversification alimentaire chez les bébés”

    1. Coucou,

      Mille excuses pour le délais de réponse :/

      Mon avis est d’abord qu’il est toujours intéressant de varier son alimentation, pour autant que l’aliment de soit pas nocif. Outre l’apport de nutriments qui pourra varier, les proportions de ceux-ci et donc leur coefficient d’absorption variera nécessairement, ce qui est intéressant.

      Mais donc il ne faut pas perdre de vue que l’excès nuit en tout et que certains aliments pourraient ne pas avoir d’intérêt du tout pour la santé à côté de l’apport calorique, voir même être source de toxiques.

      Dans le cas des laits, c’est un peu des 2 et du coup je préconiserais de ne pas en abuser.
      Le lait natif est un aliment très intéressant, ne serait-ce que pour son apport en calcium. Le problème est que (à moins de vivre à côté d’une ferme bio) nous consommons du lait qui a été beaucoup transformé, principalement par des traitements thermiques et l’ajout de nutriments pour en faire un aliment “riche” et de “base”, ce qui le dénature encore plus. En effet, ces nutriments réagissent entre eux et pas toujours de façon souhaitable. Par exemple, le fer ajouté peut favoriser des réactions d’oxydation en interne. Par ailleurs, si le lait peut devenir une source intéressante d’iode par ajout, nous n’avons pas de certitude quant à l’absorption réelle de l’iode chez chacun, l’iode étant en compétition avec d’autres cations bivalents que contient le lait.

      ET puis surtout, il y a, lié au traitement du lait, la production de molécules dont des amines hétérocycliques qui ont des potentiels effets procarcinogènes, ce qui me pousse à recommander la modération de sa consommation.

      Pour le sujet calcium,je sais que beaucoup d’aliments contiennent du calcium, ce qui est correct mais peu en contiennent en quantités importantes et il a été observé en 2006 que passé l’âge de 5 ans, moins de 50% des enfants en France avaient un apport satisfaisant en calcium, ce qui est certainement lié au rejet des produits laitiers dans beaucoup de ménage.
      Avec les problèmes digestifs croissants, l’intolérance au lactose a probablement été surdiagnostiquée ou certains parents ont spontanément pris le parti d’arrêter le lait chez leur enfant, ce qui peut se comprendre vu le niveau de transformation de celui-ci mais encore faut-il alors veiller à de bonnes alternatives pour l’apport en calcium.

      Pour en revenir au sujet de ta question, puisque ces laits subissent les mêmes traitements que le lait de vache, se tourner vers ceux-ci pour cette raison n’a pas de sens. Pareil pour le lactose qu’ils contiennent également. Pour ce qui est des allergies au protéines du lait de vache, si bien les betalactoglobulines que les caséines des chèvres et des brebis sont allergisantes. Je ne sais pas pour le lait de jument mais j’imagine qu’il doit également y avoir des risques.

      Regardés séparément :

      Le lait de brebis qui est 2 fois plus gras et donc plus calorique (ce qui n’est une mauvais chose que pour les personnes qui ont une consommation déjà problématique) est une très bonne source de calcium, de fer, de zinc, d’iode et de vitamine B12 (reste à voir après comment ce sera absorbé mais sur papier c’est intéressant).
      Et s’il contient plus d’acides gras, ceux-ci sont grosso modo semblablement répartis à ceux du lait de vache donc ce serait plutôt un avantage pour avoir un apport supplémentaire en AGPI (acides gras polyinsaturés) dans l’alimentation.
      Attention qu’il est plus riche en protéines aussi que le lait de vache donc certainement veiller aux quantités si proposé sous 2 ans.

      Le lait de jument est un petit peu plus sucré, moins gras et moins riche en calcium, je ne favoriserais pas plus que ça.

      le lait de chèvre est en composition assez proche au lait de vache.

      Donc oui, ça peut être pas mal de changer et de proposer certains de ceux-ci de façon alternée en favorisant davantage celui de brebis que celui de jument pour moi.

      Voilà, j’espère que cela répond un peu à tes questions 🙂

      Très bonne journée,

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